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Niger: Témoignage – Pour un jeune entrepreneur nigérien, « les solutions sont là »

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Chafi Sani Laouali est un jeune entrepreneur nigérien de 32 ans qui s’est récemment rendu au siège de l’ONU à New York pour participer au Forum des jeunes.

En tant que membre de la délégation de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF) et bénéficiaire de leur programme « Les pionnières de l’entreprenariat », qui accompagne des entreprises francophones, Chafi Sani Laouali est venu porter un message auprès d’autres jeunes.

Pour le PDG de la société IPREN, diplômé en génie pétrolier, « les solutions sont là », il s’agit de réfléchir aux problèmes auxquels l’on souhaite s’atteler et proposer des solutions qui sont intéressantes, notamment pour les besoins primordiaux des populations rurales. Son entreprise est spécialisée dans les énergies renouvelables qui apportent des solutions à l’Afrique rurale.

ONU Info a reçu Chafi Sani Laouali dans ses studios, l’occasion pour lui de partager son expérience.

Le déclic

« Juste après mes études en génie pétrolier, j’ai commencé à travailler dans la société étatique pétrolière, SONIDEP, où je gérais deux régions. Toute la distribution de la région passait par mes mains. Il fallait que je signe pour qu’on puisse distribuer. Je gagnais très bien ma vie.

Mais je ne me retrouvais pas dedans. Je voulais créer des choses. Je voulais contribuer au changement de la vie de la communauté.

Le déclic s’est passé à un moment où j’étais parti au village pour essayer de voir la famille. Je les ai trouvés dans une situation très précaire.

Il fallait qu’on trouve une solution. Mais je me suis dit que si je suis en train de travailler pour quelqu’un, je n’aurai pas le temps de créer cette solution. Donc je me suis dit qu’il me fallait créer mon entreprise pour créer de la valeur, créer de l’emploi, mais surtout créer des solutions qui vont résoudre les problèmes de la communauté.

On a mis en place un kit solaire. En milieu rural, surtout au Sahel, l’accès à l’électricité est très rare. À peine 2% de la population rurale a accès à l’électricité. Il fallait trouver une solution pour permettre à ces gens de pouvoir utiliser les téléphones, se servir de ventilateurs, d’aider les enfants à étudier – à l’époque les enfants étudiaient au clair de la lune, il n’y avait pas de lumière.

Notre dispositif a été conçu en fonction des problèmes qu’on a vu là-bas, au village. On a proposé une solution : un seul kit permettant d’avoir l’accès à l’information, à un ventilateur, à deux lumières et à des chargeurs.

A part les kits solaires, nous avons développé d’autres solutions, telles que le chariot solaire ambulant qui est un des premiers chariots solaires en Afrique.

C’était un mini frigo qu’on a adapté à une source d’énergie renouvelable, précisément le solaire, et qui permet de transporter les produits au frais.

Après, toujours suite à des enquêtes en milieu rural, on a su qu’il y a un sérieux problème du côté de l’agriculture.

Après nos enquêtes, on a mis en place un système de télé-irrigation qui s’appelle le Smart-O. Le Smart-O est un système qui permet de contrôler l’irrigation à distance. Actuellement, nous avons plus de 700 femmes et jeunes qui l’utilisent avec un mécanisme d’adaptation au changement climatique.

Pour pouvoir vulgariser ces solutions, nous nous sommes focalisés d’abord sur des partenaires techniques et financiers. Parce qu’au début, le défi auquel on était confronté était le fait que la population rurale avait du mal à accepter la technologie. Ils ne veulent pas changer. Vous discutez avec un villageois. Il va vous dire : « Non, non, c’est ce que nos grands-parents avaient l’habitude de faire. Nous, on ne va pas changer ».

Ils veulent toujours utiliser l’arrosoir, alors qu’actuellement il y a des techniques assez simples qu’on est en train de vulgariser.

L’inclusion financière

Après cela, on a eu le souci de la capacité financière du monde rural. Au Sahel, les personnes vivent avec moins d’un dollar par jour et elles disent : « Vous nous proposez un kit à 1.000 dollars. Comment est-ce qu’on va payer ? »

Nous avons trouvé un mécanisme réunissant des acteurs privés et des ONG. On leur a dit qu’on avait une solution permettant de réduire l’insécurité alimentaire, de lutter contre le changement climatique. On leur a demandé de nous aider à vulgariser auprès de la population rurale pour qu’elle comprenne l’importance. Smart-O permet d’augmenter le rendement de jusqu’à 160% et de réduire la perte en eau à plus de 80%.

On a commencé à communiquer dans le monde rural mais il y avait toujours la question des finances. On est allé voir une institution de micro-crédit.

On leur donne le choix, soit de payer par échelons, ou bien de payer à la fin de chaque récolte. Voilà le mécanisme qu’on a mis en place.

L’inclusion financière fait partie de notre objet.

On s’est rendu compte que les projets sont là, les solutions sont là et les microcrédits sont là aussi. Donc, on a essayé de créer un point qui va réunir tous ces acteurs.

A IPREN, on a un département recherche et développement avec de jeunes ingénieurs nigériens et des expatriés. On fait tout ce qui est ingénierie, tout ce qui est design et tout ce qui est électronique.

Une fois que l’on fait le premier prototype, on essaie. Si c’est bon, on l’envoie en Chine pour la production de masse. Il y a là-bas la capacité suffisante pour mettre en place une unité industrielle aux normes internationales pour pouvoir produire un kit.

Ce sont des kits qu’on est en train de vulgariser non seulement au Niger, mais dans les autres pays. Présentement, on a des représentations en Côte d’Ivoire, au Burkina, où on a déjà commencé à commercialiser les mêmes solutions, et on a des agréments au Kenya et à Djibouti.

Les priorités

Le secteur le plus affecté par le changement climatique, c’est l’agriculture, la sécurité alimentaire.

Au Niger, c’est 80% de désert. Chaque année, on remarque une avancée du désert. Et cette avancée n’est pas sans conséquences sur les terres. La pluviométrie n’est pas garantie. Il y a des zones, où durant une année il n’y a pas une goutte d’eau qui est tombée.

Pour moi, la priorité, c’est de trouver tous les mécanismes possibles pour assurer la sécurité alimentaire au Sahel.

Présentement, les hommes quittent les villages pour aller vers les autres pays pour pouvoir chercher de quoi manger, parce qu’il n’y a rien. Ils laissent les femmes et les enfants.

Un impact palpable

Avec le chariot solaire, on a réduit l’impact carbone. Et surtout, on a créé de l’emploi pour des jeunes. On a créé une cinquantaine d’emplois.

Avec le Smart-O, on a récupéré plus de 100 hectares de terres de production. On a accompagné à peu près 750 familles, en les regroupant sous forme de coopérative.

On a essayé d’installer à chaque fois une tuyauterie ou les femmes peuvent utiliser leur téléphone pour activer manuellement. Donc elle n’est pas obligée d’être tout le temps au jardin et elle peut créer des petits commerces, des activités génératrices de revenu.

Actuellement, la phase suivante qu’on aimerait faire, c’est de les amener à avoir plus de terres de production pour augmenter leur rendement. De passer de 400 mètres carrés à au moins à un hectare. Cela leur permettrait de subvenir d’abord à la question de l’insécurité alimentaire, mais aussi aux besoins financiers.

En quête d’accompagnement

Vous savez, quand on m’a invité à venir ici, je me suis dit : « C’est l’occasion ! ». Une occasion de rencontrer des jeunes qui sont ambitieux et talentueux, avec qui peut-être on peut développer des projets d’envergure nationale, régionale, voire continentale, pour apporter un changement.

Et surtout, pour moi, c’est l’occasion de rencontrer des décideurs, pour pouvoir divulguer notre stratégie afin de toucher le monde rural.

Nous, c’est un accompagnement que l’on souhaite, pour vulgariser notre stratégie d’adaptation au changement climatique qu’on a développée.

Message aux jeunes

Chez nous, on dit souvent que l’Etat ne peut pas employer tout le monde.

Donc il faudrait que nous, jeunes, on pense à créer nos entreprises pour créer de la valeur, pour créer de l’emploi, mais surtout pour proposer des solutions à nos propres problèmes.

Et pour cela, il faudrait que les gens soient ambitieux et talentueux, qu’ils soient visionnaires, qu’ils sachent ce qu’ils veulent et qu’ils se donnent, corps et âme, pour le développement de leurs idées ».

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